Enjeux écologiques du plombage au mercure
La question des plombages au mercure, dont l'emploi est controversé en dentisterie depuis les débuts de son utilisation, est généralement abordé sous l'angle toxicologique. À l'échelon individuel, le mercure et les autres métaux composant l'amalgame, lentement libérés par les phénomènes d'oxydation au contact de la salive, génèrent une intoxication chronique aux métaux lourds (non reconnue par les instances officielles qui considèrent que les doses libérées sont trop faibles pour avoir une action toxique).
Parallèlement au problème toxicologique, le plombage pose un problème écologique à l'échelon collectif, car le mercure représente une menace pour l'environnement, contaminant l'air, les nappes phréatiques et la chaîne alimentaire où il s'accumule (dans la chair des poissons en particulier). Les aspects écologiques du plombage au mercure sont généralement peu abordés, alors que le danger est pourtant majeur.
Données écologiques
Les amalgames dentaires sont en quantité la deuxième source de mercure au niveau mondial. Considéré comme sans danger tant qu'il reste emprisonné dans les obturations métalliques appelées amalgame dentaire ou plombage, le mercure finit cependant tôt ou tard par rejoindre la chaîne écologique. C'est ainsi quelques 100 tonnes de mercure, stockées dans la bouche des français, qui sont appelées à se répandre dans la nature. Et ceci de deux manières: par décomposition naturelle après le décès et par crémation. La crémation, procédé qui tend à se populariser, volatilise dans l'atmosphère des quantités importantes de mercure. La Suède évalue les rejets de mercure liés aux crémations à 280 kilos/an, soit près du tiers du total des émissions de mercure dans ce pays*. En Grande Bretagne, un des pays d'Europe où le procédé d'incinération est le plus répandu, les crématoriums sont responsables de 16% des émissions de mercure. Si rien n'est fait, les crématoriums seront en 2020 les principaux pourvoyeurs d'émissions mercurielles. En France, on ne dispose d'aucunes données, pour la simple raison que la réglementation française ne prévoit rien à ce sujet. Ainsi les 15 tonnes de mercure posées chaque année dans la bouche des français sont appelées tôt ou tard à polluer sols, nappes phréatiques et atmosphère sans que rien ne soit fait, ou si peu, pour contrôler cette contamination.Mesures insuffisantes
Les mesures prises par la France pour limiter la pollution mercurielle d'origine dentaire sont nettement insuffisantes. Elles portent sur le conditionnement du mercure et sur la récupération des déchets par les cabinets dentaires.
Depuis 2001, le mercure ne doit plus être conditionné en flacons mais sous forme de capsules prédosées afin d'éviter les risques de le répandre accidentellement.
Depuis le premier avril 2001, les cabinets dentaires ont l'obligation de s'équiper de récupérateurs d'amalgame dans le but de filtrer les déchets mercuriels et éviter leur déversement dans les canalisations, évaluée à dix tonnes par an et leur sédimentation, évaluée à une vingtaine de tonnes. À ce jour on ignore dans quelles proportions la réglementation est respectée.
En outre, ces mesures ne règlent en rien le problème lié au devenir du mercure post-mortem puisqu'en France le problème est tout simplement nié. Cette attitude est d'une totale hypocrisie puisque dans son rapport édité en 2005, L'Afssaps a mis en place un protocole multidisciplinaire destiné aux personnes qui estiment souffrir de troubles liés aux amalgames dentaires. Or, dans le questionnaire détaillé que le patient doit remplir, destiné à éliminer une source de contamination autre, il est demandé de préciser le lieu d'habitation. "Signaler la proximité par rapport à une usine d'incinération, un crématorium, une décharge, une usine sidérurgique" peut-on lire en toutes lettres page 70. C'est donc une reconnaissance de la pollution mercurielle générée par les crématorium (entre autres). Cela n'empêche pas l'Afssaps de conclure un peu plus loin (page 90) que les patients qui s'estiment intoxiqués au mercure relève d'une prise en charge psychologique, voire psychiatrique.
Une décision exemplaire
Le seul moyen de régler le problème écologique posé par le plombage au mercure est d'en interdire purement et simplement l'usage. Cette mesure, seul un pays au monde a eu le courage de la prendre. Il s'agit de la Norvège où tous les produits contenant du mercure, incluant les amalgames dentaires, sont définitivement bannis depuis le premier janvier 2007. Cette décision a été annoncée par le ministre norvégien de l'Environnement, et non par celui de la Santé, ce qui montre que pour la Norvège l'enjeu est écologique avant d'être médical. Dans un COMMUNIQUÉ DE PRESSE, le ministre norvégien a d'ailleurs souligné que le "mercure fait partie des poisons les plus dangereux pour l'environnement" en insistant sur la nécessité de mettre un terme à toute utilisation du mercure le plus tôt possible. L'annonce est intervenue le 21 décembre 2007 au moment même où la Commission européenne débattait de l'avenir du mercure en dentisterie. La Norvège entendait donc envoyer à l'Union Européenne un signe fort pour l'inciter à abandonner le mercure. L'Europe y sera-t-elle sensible ? L'avenir nous le dira.* Evaluation de la Swedish Environment Authority citée dans la revue Resurgam- vol. 43, juillet 2000
Les effets nocifs sur la santé des amalgames dentaires sont détaillés dans le Pratikadent, à la rubrique PLOMBAGES-DANGERS, dont un extrait peut être consulté sur le site des éditions Luigi Castelli.
Les enjeux économiques liés à l'emploi de l'amalgame au mercure en dentisterie sont expliqués dans LA FIN DU PLOMBAGE EST-ELLE POUR DEMAIN publié sur le site Holodent.
Approfondir les enjeux écologiques lié au mercure dentaire : un article très fouillé de Jacques valentin sur son site Gestion Santé.
Crédit photos : DIDIER VEREECK - © ARANA
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01 Janvier 2008 à 19:58 dans
- Général


